Au vu des fluctuations des parités des monnaies depuis 1918 , quels sont les principaux déterminants des taux de change ?

Bonnes Copies

Bonne copie du lycée : 75 - Paris - Prépa Commercia - JA Formation

Cette copie a été notée : 14 / 20

Commentaire du professeur : Bonne étude , répondant bien à l'intitulé et s'appuyant sur un plan à la fois solide et agile. L'ensemble est perttinent et bien conduit.


L'internationalisation des économies et la multiplication des échanges supposent la nécessité de pouvoir faire circules des biens et services et des capitaux par l'intermédiaire d'un moyen d'échange favorable à chaque économie nationale. Le taux de change est ainsi l'évaluation d'une monnaie sur le marché des changes et sa convertibilité en monnaies étrangères . Le taux de change nominal est le nombre d'unités étrangères nécessaires pour obtenir l'équivalent d'une unité nationale tandis que le taux de change réel est le prix relatif de produits en monnaie étrangère par rapport au prix des produits en monnaie nationale. Depuis la révolution industrielle , plusieurs systèmes monétaires internationaux se sont succédés , visant à faciliter les échanges mais entraînant de fortes fluctuations des parités monétaires . Le système monétaire qui prévalait jusqu'en 1914 ( Gold Standard ) a été source de stabilité des changes. La recherche de stabilité des parités a caractérisé chaque SMI et a été l'objectif des politiques monétaires en changes fixes et des marchés monétaires en changes flottants. Il s'agit donc de se demander si l'on peut trouver un modèle de détermination des taux de change qui limiterait les fluctuations . A ce titre, la naissance de l'euro , qui ouvre la voie possible d'une nouvelle façon d'échanger , ne constituerait-il pas la résolution des contraintes des déterminants des taux de parité ? Nous verrons donc dans un premier temps que les systèmes monétaires de parités fixes d'avant 1973 ont essayé de trouver des déterminants stabilisateurs des taux de change mais l'échec de ces deux systèmes successifs montre l'inefficacité de ces déterminants. Puis , nous montrerons dans un second temps que le système de changes flottants , rompant avec les parités fixes, est dans l'obligation d'introduire de nouveaux déterminants des parités monétaires. Enfin, nous analyserons pourquoi le modèle des déterminants ainsi établi n'est pas fournisseur de stabilité. L'euro ne résoudrait-il pas cette question des déterminants des changes ?

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Les deux systèmes monétaires internationaux qui se sont succédés entre 1918 et 1973 on semblé avoir établi des déterminants de leur taux de change en parités fixes.
Après la crise du système de l'étalon or dans les années 1920 avec la fin de la première Guerre Mondiale , l'or ne peut plus être l'étalon qui permet la convertibilité des monnaies . Beaucoup de monnaies ne peuvent plus avoir de réserves en or, d'où la nécessité de trouver une autre manière de convertir les monnaies . En 1922 est crée le système de Gênes où seules la livre sterling et le dollar sont convertibles en or . Les autres monnaies étrangères doivent s'approvisionner de ces monnaies de référence dans les échanges. Dans ce système de parité fixe, la position du pays dans l'économie mondiale semble être déterminant de la valeur de sa monnaie. En effet , le RU est le pays clé de la RI et tient la première place mondiale dans les échanges . Le niveau du commerce extérieur confère la place monétaire dominante d'un pays. Si un pays est premier dans les échanges mondiaux , sa monnaie circule sur tous les marchés et tend à prendre la place de monnaie de référence.
Cependant , avec la crise des années 1930 et la seconde guerre mondiale , le système de Gênes est dépassé . La livre sterling est obligé de dévaluer à plusieurs reprises jusqu'à perdre la confiance des agents . L'hyperinflation du mark entraîne une dépréciation sans précédent de la monnaie (dévaluation de 1931 ) : il faut un nombre colossal d'unités en mark pour obtenir une unité en dollar. La crise monétaire entraîne la fin du système de Gênes . En juillet 1944 , un nouveau système monétaire est crée ; le système de Bretton Woods (Gold Exchange Standard) , où le dollar devient la seule monnaie convertible en or. Le dollar est considéré " as qood as qold " et les monnaies étrangères sont converties en dollar . Les Etats-Unis qui sortent vainqueurs de la guerre tiennent la première place mondiale . Là encore la place économique du pays lui permet d'imposer sa monnaie sur le marché des changes comme monnaie de référence.
Le déterminant majeur des taux de change en parités fixes semble être la place économique et le poids de son commerce extérieur qui confère au pays la première place monétaire. Dans les années 1920, Cassel énonce sa théorie de la parité du pouvoir d'achat : soient deux pays A et B ; le prix d'un bien en monnaie nationale du pays A doit être , après conversion des changes , le même prix en monnaie étrangère du pays B . Il semble évident que le taux de change doit être évalué en fonction de la parité du pouvoir d'achat de chaque monnaie nationale (PPA). S'il ne l'est pas , le pays ayant le taux de change le plus bas (leader sur le marché des changes ) peut avoir avantage à acheter pour un coût plus faible les mêmes biens dans le pays ayant un taux de change élevé (incidence de l'inflation ou de la déflation à cet égard) . Ainsi , en parités fixes , les changes s'établissent selon cette PPA , qui permet , grâce aux taux de change réel , d'évaluer objectivement les monnaies. Cependant, les fluctuations importantes du dollar et la méfiance des agents vis-à-vis de cette monnaie , entraîne sa dépréciation . La monnaie américaine circulait en masse dans les autres pays étrangers et cette abondance du dollar (eurodollars) fait que le dollar ne peut être la monnaie de référence.
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Face à la PPA et à l'état du commerce extérieur , déterminants insuffisants du taux de change, le nouveau système monétaire depuis 1973 a dû établir de nouveaux déterminants.
Le système de Bretton Woods avait fourni une certaine stabilité. En parité fixe , le taux de change peut fluctuer par l'action des politiques monétaires. Les banques centrales peuvent ajuster les taux en fonction des situations monétaires. Cependant , en change flottant, l'action des politiques monétaires est très restreinte. Dans un système de change flottant , les taux de change varient en fonction de l'offre et de la demande de monnaie. Selon Friedman , partisan des changes flottants , il faut laisser le marché s'ajuster de lui-même . En effet , en cas de déficit de la balance courante , le pays en déficit est obligé de vendre sa monnaie nationale qui tend alors à s'apprécier ; la balance courante peut ainsi se rétablir toute seule sous l'action du marché. D'autre part, les taux d'intérêt jouent un rôle prépondérant dans la fixation des taux de change : une baisse du taux d'intérêt entraîne une augmentation de la masse monétaire (inflation) , la monnaie abondante tend à se déprécier et son taux de change augmente. Inversement , une augmentation des taux d'intérêts peut entraîner une baisse des prix (déflation ) qui permet l'appréciation de la monnaie et qui provoque une diminution dans l'élaboration des changes sur le marché des changes. Les taux d'intérêts ont aussi une influence sur les flux de capitaux : l'attraction des capitaux entraîne une appréciation de la monnaie. Ainsi , il est nécessaire d'établir une parité des taux d'intérêts entre monnaies nationales afin de stabiliser les taux de change.
L'exemple du dollar et de ses fluctuations depuis 1979 montre bien l'influence de l'instabilité sur les taux de changes (appréciation et dépréciation ). De 1979 à 1985, le dollar est relativement fort mais à partir de 1985jusqu'en 1988 , il subit une forte dépréciation . Une politique restrictive est mise en place afin de limiter la création monétaire. L'inflation passe de 9 % à 3-4 %, grâce à une augmentation des taux d'intérêts . Les accords du Plaza en 1985 puis ceux du Louvre en 1987 visent à réapprécier le dollar par une baisse de l'inflation . La lutte contre l'inflation est un élément déterminant de la stabilité des changes . Elle fut une priorité dans les années 1980 en Frnace.
La spéculation , phénomène qui se développe sur le marché des capitaux depuis les années 1980, est l'achat du monnaie alors à cours faible et sa revente plus tard en vue d'en tirer un bénéfice . Elle peut être positive et réguler les taux mais aussi négative et déstabiliser le libre réajustement des marchés. Pour Friedman , la spéculation permet de dynamiser le marché des changes . Elle s'accompagne d'anticipations et provoque la " prophétie autoréalisatrice " , en ce sens qu' une dépréciation anticipée entraîne un achat massif de la monnaie en vue de la revendre après ; cet achat provoque en lui-même une inflation et donc une dépréciation . Les investisseurs , aujourd'hui appelés aussi les cambistes , agissent massivement sur les changes , par des investissements de portefeuille et des investissements directs à l'étranger (IDE) .
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Il semble qu'un nombre de déterminants des taux de change sont apparus depuis le développement et l'ouverture des marchés monétaires . Un modèle de l'établissement semble prévaloir aujourd'hui mais n'est-il pas remis en cause par la monnaie unique qui abolit l'existence même des taux de parité.
Le système de change , qu'il soit fixe ou flottant , détermine lui-même les changes . L'or , le dollar , puis les devises étrangères ont déterminé chaque taux des monnaies étrangères , en fonction d'un principe de référence . Fleming et Mundell ont montré la difficulté d'agir sur les taux de change en même temps que d'autres variables et montrent ainsi la difficulté à déterminer les taux de change. Selon eux , il est impossible d'assurer à la fois la stabilité des taux de change la circulation des capitaux et l'autonomie des politiques monétaires. Si on choisit la fixité des changes et des taux d'intérêts , on pénalise les mouvements de capitaux (cas de la France dans les années 50_60). Si on choisit la fixité des changes et les mouvements de capitaux , on ne peut agir sur les taux d'intérêts (cas de la France dans les années 80) . Si enfin , on choisit les mouvements de capitaux , la fixité des taux de change est difficile (cas du RU en 1992). Il semble aujourd'hui que les changes se déterminent par l'action respective de plusieurs variables : la PPA , la parité des taux d'intérêts , la spéculation , les investissements et les politiques monétaires ( système de parité fixe et de flottement impur). Est-il possible de trouver un modèle entre le système de parité fixe et celui des changes flottants ? La théorie de Williamson semble essayer de trouver un consensus en élaborant des zones cibles sur lesquelles il faut agir en déterminant spécifiquement les taux de change.
Mais face à cette profusion de déterminants , qui ne semblent pas résoudre les fluctuations des parités de monnaie depuis 1918, l'euro semble mettre un point d'orgue à ce problème des taux de change. En effet, la monnaie unique au sein de l'Europe est une volonté ancienne . Après la création du Serpent monétaire en 1972 puis du SME en 1979 et enfin le sommet du traité de Maastricht en 1991 (UEM ) , l'Europe parvient enfin à cette union monétaire . L'euro , entré en vigueur le 1er Janvier 1999, sera la seule monnaie circulant en Europe en Juin 2002 . Dans le système monétaire européen , les taux de change étaient fixes et les pays devaient respecter les critères de convergence . Ce système semble être un îlot de stabilité des changes et avoir réussi ce que les déterminants des taux de change ont râté : la stabilité. L'euro semble être la solution au problème des changes puisque cette monnaie unique les supprime , et ainsi en finit avec les taux de conversion. Les politiques monétaires doivent être communes et c'est maintenant les taux de change avec le dollar et le yen qui sont en question . Les déterminants des taux de change seront l'affaire des politiques coordonnées et de la BCE .

Les déterminants des taux de change , peu nombreux dans un système à parité fixe , se sont multipliés en même temps que le développement des flux de capitaux et des marchés financiers internationaux . Les déterminants des parités semblent n'avoir pas permis la stabilité des changes, peut-être par la modification sans cesse des échanges eux-mêmes . La monnaie unique confère ainsi une stabilité dans les échanges au niveau national mais aussi international. Les déterminants des taux de change évolueront vraisemblablement en fonction même de la modification de l'organisation des monnaies. La vison générale qui prévaut est que les déterminants se modifient en fonction des fluctuations même des monnaies et des systèmes monétaires internationaux.